L’aéroport, le commerce et la beauté, un western revisité

Photo by Mer Sen on Unsplash

L’imbroglio autour de la privatisation d’ADP a mis en lumière un segment de marché qui avec malice s’amusait à se montrer à tous, tout en sachant que personne ne le voyait vraiment : le commerce en aéroport. On entend partout parler de machine à cash, de manne, de trésor caché : 1 milliard d’euros des 4.5 milliards de CA qu’a généré ADP en 2018 proviennent des commerces (500 millions d’euros) et services. Par ailleurs, le lancement d’une formidable aventure entrepreneuriale appelée FlightBox (self-marketing et placement de produits allowed) nous rappelle qu’il ne s’agit pas simplement d’un marché de « vieux » mais un vrai gisement de croissance, formidable terrain de jeu à la croisée des chemins, qui attire de jeunes entrepreneurs prêts à tout (même à écrire des articles pourris ?) pour tenter leur chance (pourvu qu’on la leur donne…).

Qu’en est-il vraiment ? quelles sont ses limites ? comment évolue-t-il ?

Découvrez cela dans 3 articles.
Episode 1, Saison 1, VOSTFR  – Le trafic aérien

Enfonçons les portes ouvertes, le marché aérien se porte bien… pour longtemps ?

Plus de 4,3 milliards de passagers ont pris l’avion en 2018. En croissance de 6% par rapport à 2017, 6% c’est petit ? que nenni, ça veut dire plus de 250 millions passagers supplémentaires, de quoi remplir tout mon studio. Les boules de cristal des Ayatollah de l’aviation misent sur un doublement du trafic (aérien hein) d’ici 2037. Bien évidemment, on dira encore et toujours les mêmes choses pour toutes les croissances, tout se passera en Asie (Chine et Inde) et ensuite en Afrique (taux de natalité insolent et sous-exploitation du potentiel humain et naturel). Toujours est-il que l’Europe est le marché le plus significatif avec 37% des revenus par passager au kilomètre (RPK).

Intéressant de savoir pourquoi l’avion se porte si bien. 

Le monde des affaires va bien. La crise mondiale n’a pas forcément fait de mal, ou en tout cas dans une proportion très relative, à la classe nomade mondialisée. On se déplace pour rencontrer un fournisseur asiatique, faire un management meeting à New York, visiter une usine qui ne rapporte rien. Rien de mieux qu’une bonne poignée et une franche marrade ou engueulade (j’ai une préférence pour la première) pour faire avancer les choses. Dans une économie mondialisée, se rencontrer c’est se déplacer, se déplacer prend du temps, on prend l’avion parce qu’en général c’est beaucoup plus rapide, plus rentable.

L’avion c’est aussi pour prendre du plaisir, on voyage de plus en plus pour le loisir. Parce qu’on gagne plus ?

Pour certains oui, pour beaucoup d’autres parce que ça coute de moins en moins chers, beaucoup moins cher (j’ai déjà pris un billet à moins de 30€, j’ai raté l’avion mais l’idée est là…).

Moins cher d’y aller, mais surtout d’y être ! Merci Airbnb et merci le Low Cost. 30% des vols mondiaux sont Low Costs, 36% en Europe. Dommage en revanche pour les avions avec des sièges de plus en plus contigus, les check-in des bagages pour garder ses produits liquides payants (heureusement que FlightBox existe). Bientôt on descendra tous pour pousser l’avion avant le décollage ?

Le progrès technologique y est pour beaucoup aussi, pas besoin de sortir les lois de Moore et les impacts sur le cout de l’électronique et sa miniaturisation sur les avions. Les composant des fuselages sont plus résistants, plus légers, plus performants.  On ne dirait pas, mais les moteurs évoluent beaucoup, en termes de puissance mais aussi de consommation de carburant (moins un moteur consomme, moins cher ça coûte de faire voler des gens). Donc billets moins chers. Donc plus de gens qui volent.

Par ailleurs, voyager est rentré dans les mœurs comme prendre des vacances. Il est devenu normal de voyager, se changer les idées, découvrir de nouveaux endroits, et ce de plus en plus fréquemment. Le voyage est devenu une évidence, ce qui était insoupçonnable à cette ampleur il y a 60 ans. Dans les aéroports français par exemple, la moitié des déplacements en avion sont liés à des vacances (28% pour motif professionnel et 22% motif privé selon l’enquête nationale auprès des passagers aérien menée en 2016).  

Doublera-t-on pour autant le trafic d’ici 15 ans ?

Réponse de Normand ou de consultant : ça dépend ce n’est pas si évident.

On voit les prémisses d’une grogne écologique et condamnations à tout va des avions pollueurs bouh (pas forcément toujours à raison…). Le phénomène va-t-il prendre de l’ampleur ? Seule l’histoire a le secret de ses coups d’éclats, en tout cas une vraie bataille pour orienter les foules s’amorcent, à coup d’opérations de com’ parfois faisant fi de la vérité, comme c’est souvent le cas. L’avion électrique une solution ? peut-être mais pas pour 2036, la technologie principale « choisie » est le Lithium-ion, dont la densité énergétique aujourd’hui ne permet pas de faire décoller et voler les avions commerciaux dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui.   

Aussi le contexte géopolitique incertain (Amérique Latine, Moyen-Orient) et ses impacts sur les prix du pétrole joue un rôle important sur le prix des billets et pourrait dans les prochaines années impacter significativement le trafic mondial.

Les voitures volantes pourraient changer la donne de la mobilité moyenne. Voyons ce que donnera le test d’Airbus pour les JO de Paris en 2024. La Federal Aviation Administration a approuvé le Transition engin volant conçu par Volvo et Terrafugia (qui atteint les 600km/h dans les airs, bientôt des feux rouges dans les airs ?).

L’évolution des technologies de l’information et de communication avec la démocratisation de technologies telle que l’hologramme ou la réalité virtuelle permettant de « vivre » une réunion avec des intervenants des quatre coins du monde pourrait questionner le ROI du déplacement physique par rapport à celui d’une réunion 4.0.

Aussi, les chimères des nationalismes et grogne contre une économie trop mondialisée qui avance à rythme effréné et laisse beaucoup sur le côté pourrait contenir l’appétit du mammouth aérien par ricochet.

Autre limite, cette fois intrinsèque à l’industrie, est la capacité à absorber tout ce beau monde. L’enjeux majeur est autour de l’infrastructure aéroportuaire (non seulement espaces d’accueil mais aussi accélération des processus avec de l’automatisation des contrôles et Flightbox pour les passer rapidement).

Également le recrutement des pilotes, ressources de plus en plus rares. On commence déjà tout doucement à insinuer l’idée d’un avion avec un seul pilote, voire sans pilote, histoire de semer la graine dans nos têtes et avoir l’adhésion dans quelques années, et pourquoi pas d’ailleurs.

Comme dans toute l’histoire, dès qu’il y a un endroit avec beaucoup de flux, de l’attente, des zones de commerce florissent autour. Des Samarcande ont poussé, poussent et pousseront dans tous les aéroports, pour offrir les services les plus élémentaires (manger, faire pipi/caca, s’assoir, recharger son téléphone maintenant est devenu élémentaire) et ceux qui ont accompagné la sophistication du monde (ventes de produits électroniques, vêtements, tabac, alcool, beauté). Des petites villes marchandes autonomes ont été créées et ont donné naissance au luxuriant Travel Retail plus connu sous le classique Duty-Free avec des  cartouches de cigarettes et des bouteilles d’alcool « pas chères ».